Babylon, de Damien Chazelle

Note : 5 sur 5.

Quel visionnage intense! Les mots me manquent pour décrire ce que j’ai vécu, surtout lors de la séquence finale. Babylon est surtout une sorte de grand huit du cinéma, c’est-à-dire que Damien Chazelle montre l’acme, l’apogée, la grandeur, la folie du cinéma muet hollywoodien, puis la transition douloureuse vers le cinéma sonore.

Outre les décors et les costumes, c’est par l’écriture des personnages et leur incarnation que va passer la mise en scène de la décadence. Je crois que c’est la première fois que je vois la décadence peinte de cette manière. Voila une vraie décadence : sublime et grotesque, comme dirait Hugo. J’ai cru à cette galerie de personnage, je me suis attaché à eux. Leur perte de sens, leurs questionnements, leur refuge dans l’art et la fête… Tout comme Whiplash et Lala Land, les personnages sont reconnaissables, mythiques, on croit les connaître après 3h de film, ils sont profonds et complexes.

La comique, pathétique et lyrique absurdité du cinéma.

Bon, et puis, comme le film parle du cinéma, il ne va pas se passer de jouer avec les points du vue, les messages et l’aspect « méta ». Parfois, les paroles des personnages sont plus les paroles de leurs acteurs. Il me serait dur à croire que le casting n’aurait accepté ce film sans discuter avec le réalisateur de cet aspect et sans être intéressé par la volonté de parler du cinéma contemporain. Ainsi, les parallèles entre les personnages et leurs acteurs sont saillant. Ce n’est pas pour rien que Brad Pitt joue le grand acteur à la grande carrière et aux mille aventures. Ce n’est pas pour rien que Margot Robbie joue la it-girl exentrique, que Diego Calva joue l’observateur, nouveau dans l’industrie, etc.

De la même manière, le réalisateur va jouer avec le spectateur. Pour engager une réflexion chez ce dernier, Damien Chazelle s’amuse à faire coïncider les effets donner au spectateur par la mise en scène et ce que vivent les personnages dans la diégèse. Voila le sens du caca d’éléphant et de mille autres choses du métrage. C’est comme ça aussi que la problématique du son est amenée. Je pense que ce n’est pas pour rien que le visionnage en salle fût si intense au niveau sonore. C’est que ce grand huit est porté surtout par le son qui donne une puissance au montage et à ce qu’on voit.

C’est pour ça que c’est un bon film. Parfois, la mise en scène et la musique épouse l’histoire dans une sorte d’harmonie imitative, parfois, elles instaurent des dissonance, des ruptures pour réfléchir à ce qu’on voit.

Avec le son, vient la morale.

Tout le monde parle du flop de Babylon en salle, mais à mon sens, c’est en grande partie la faute à la communication autour du film. Quelque chose cloche. Le film qu’on essaie de nous vendre n’est en rien ce qu’on voit. Si l’on avait vendu Babylon comme un film d’auteur à gros budget, sur l’histoire du cinéma (et par extension sur l’histoire des États-Unis), sur la grande fièvre de l’industrie et de l’art, alors peut-être les spectateurs seraient venus en salle. Il faut être honnête. Ce que montre Babylon, c’est que la cinéma s’est construit par une diversité de gens dévoués à l’Art, et parmi eux surtout des marginaux et des immigrés. Dur à saisir pour le monde conservateur, tant pis pour eux, le cinéma restera cet art majeur du collectif.

J’ai été happé et séduit par ce film, je vais attendre un peu avant de le revoir mais j’ai hâte que ce moment arrive.