
Hier soir j’ai vu le dernier film de Serebrennikov. En sortant de la salle, je voyais la vie en plan séquence, couleur spleen et chair putride. J’ai adoré.
Synopsis : « Russie, 19ème siècle. Antonina Miliukova, jeune femme aisée et apprentie pianiste, épouse le compositeur Piotr Tchaïkovski. Mais l’amour qu’elle lui porte n’est pas réciproque et la jeune femme est violemment rejetée. Consumée par ses sentiments, Antonina accepte de tout endurer pour rester auprès de lui. »
Difficile de parler de ce film, on dirait la mise en cinéma d’un roman russe sombre et oublié. Le réalisateur filme l’amour comme un enterrement, avec cette pâleur cadavérique parfois difficile à regarder tant le sentiment qui se dégage du film est noir. Je n’avais jamais vu ça. C’est le genre de beauté que j’adore. En fait, c’est vraiment l’amour qui se fait enterrer par la haine.
Impossible, évidemment, de ne pas penser au recul de la Russie en matière de libertés. Aujourd’hui, il serait impossible à Tchaïkovski de vivre son homosexualité comme à la fin du 19ème, c’est-à-dire il y a 150 ans. On voit que la Russie donne au réalisateur, comme à moi, un sentiment mélancolique d’une chute en avant d’une belle culture. C’est triste à souhait.
J’ai aussi pensé au poème de Louise Labé que j’ai étudié avec mes élèves il y a peu dont les premiers mots pourraient illustrer le film : « Je vis, je meurs ».

J’aurais vraiment voulu parler de ce film en podcast comme je l’avais fait pour Leto du même réalisateur (disponible via ce lien). Faute de temps, je m’en tiendrais à ce billet de blog. J’ai aussi très envie de voir La fièvre de Petrov un film que Serebrennikov à diriger via Zoom alors qu’il était assigné à résidence en Russie, quelle force.
J’ai appris que Kirill Serebrennikov prépare une adaptation de Limonov d’Emmanuel Carrère et j’ai hâte, tant j’avais trouvé le roman incroyable.
Avec ce film, j’ai découvert un nouveau cinéma : l’ABC à Toulouse. En sortant de la salle, vue sur la basilique St-Sernin éclairée dans la nuit.