Invasion Los Angeles, de John Carpenter (Version restaurée)

Note : 4 sur 5.

Carpenter est le genre de cinéaste dont j’économise le visionnage des films, parce que quand il n’y en aura plus à découvrir, je serai triste. J’avais, comme tout le monde, déjà vu des images d’Invasion Los Angeles, tellement c’est culte, mais jamais le métrage en entier. L’apparition de cette version restaurée était l’occasion en or. J’ai passé un super moment, j’ai même été plutôt surpris par quelques éléments de mise en scène du film même si je savais à quoi m’attendre. Voici mes quelques notes.

Encore une fois, je suis impressionné de voir comment Carpenter met en place son film avec une facilité déconcertante, en toute simplicité et précision. C’est quand même fou, aujourd’hui ça paraît si rare, un film de science-fiction à la fois hyper divertissant et profond en tant qu’objet de cinéma.

Mon premier constat est que le film est très actuel. Il parle de la classe ouvrière, de sa lutte contre le patronat et le capitalisme. De quoi faire mouliner sur les enjeux politiques et sociaux de 2023. De manière plus étasunienne, le film désillusionne le rêve américain qui gangrène les cerveaux des plus précaires. On a ce sentiment d’une soif de plus, toujours plus, « j’attends mon heure » comme ils disent.

Invasion Los Angeles est très précis sur ce qu’il nous montre, puisque c’est le propos du film : que voyons-nous. Eh bien, des travailleurs dans la misère, une violence policière montrée comme une guerilla apocalyptique sur fond de fumigène rouge, et puis ce héros fort, musclé, maladroit mais surtout sage, lent, regardant, contemplant. C’est vraiment marrant ce contraste entre ces moments où on prend le temps de regarder, de décrypter la réalité et cette violence qui apparaît toujours rapidement, en screamer, ou par mensonge et trahison.

Sur cette violence, on peut dire qu’elle est vraiment palpable, dure. La police, les armes à feu, mais aussi cette scène de combat à mains nues. Le spectateur n’a pas envie de voir ce combat. Les personnages se battent comme des bêtes, pour qu’ils « ouvrent les yeux », ils sont prêt à faire émerger leurs instincts. On sent la souffrance du corps.

Le film met en place une armada de signes qui produisent des effets : on a cet envahissement de publicités, des signaux au sol, des panneaux de signalisation, etc. Le cadre est saturée. Et puis il y a la vision des lunettes, ce n’est pas pour rien que l’image est en noir et blanc : la couleur produit un effet inconscient sur le cerveau. Votre marque de fast-food sera en rouge et jaune pour donnez envie de manger. De la même manière, mettez une musique joyeuse dans un Starbuck et on voudra encore plus consommer.

Invasion Los Angeles joue avec le conspirationnisme, ses peurs, son imagerie. J’en viens à me demander si Carpenter ne jouait pas avec le spectateur, et s’il nous mentait ? Je veux dire, et si le film nous donnait à voir la vision subjective d’un mouvement conspirationniste ? Cela justifierait ce propos sur la société américaine construite sur les armes, le capitalisme et les tueries de masse.

A la fin du film, quand les personnages se « téléportent », ça m’a fait penser aux Backrooms, parce que les montres font glitcher à travers le sol. Les auteurs de la creepypasta se seraient-ils inspirer d’Invasion Los Angeles ?