Suicide Total, de Julie Doucet

Note : 2 sur 5.

Au détour d’une balade à la bibliothèque, je trouvais le dernier livre de Julie Doucet, grand prix au festival d’Angoulême 2022. M’empressant de le mettre dans ma sacoche, j’étais impatient de lire pour la première fois cette autrice, fan que je suis de cette esthétique underground, fanzinesque et autobio-déglingo.

Le livre se présente comme une fresque continue en accordéon, c’est cette forme qui m’a intrigué. La lecture fait un effet très particulier et unique. On est face à une sorte de flux de pensée dessinée, un dessin automatique. C’est comme si on arrivait dans la tête de l’autrice à un moment donné, et qu’on la laissait à la fin du papier. Ce livre est un moment de crayon.

Ce qui frappe d’abord, c’est cette cacophonie de visages qui vont et viennent, apparaissent, passent. Les voix s’entremêlent dans un maelström. Le problème, c’est qu’on voit toujours les mêmes choses dessinées : des visages, des animaux qui hantent l’esprit. C’est quand même très étrange, même si l’on prend le récit et le dessin sous un angle psychologique.

Le récit s’oriente vers un souvenir particulier, celui d’une histoire d’amour impossible pendant les années 80. Je trouve cela dommage parce que ce récit est assez classique au final, j’aurais limite préféré rester dans ce tourbillon onirique du début. La forme de l’accordéon a un seul sens pour moi, c’est qu’il mime le pliage des lettres, c’est un simple rappel à la diégèse dans laquelle on parle d’une correspondance. Néanmoins, je pense qu’en prose ce récit aurait été mis plus en valeur, peut-être que l’autrice s’est sentie « forcée » de revenir au dessin après son grand prix? Des pressions éditoriales? On est obligé d’y penser.

Après lecture, je trouve que le projet éditorial de Suicide Total est bancal, car il me vient tout un tas de questions : au final, pourquoi ce titre ? C’est juste tiré d’une bulle, mais ça ne reflète pas ce qu’on a lu, à part une seule « scène » racontée par l’autrice. Au final, pourquoi ce livre ? Il n’y a pas de surprise, je n’ai pas été emporté par l’histoire et le dessin, et je n’ai pas senti que l’autrice voulait vraiment faire ce livre, comme si c’était un travail sans passion. Pour finir, c’est plus un livre d’artiste que de la BD classique. J’ai tout de même hâte de lire son Journal et Maxiplotte quand ils seront disponibles à la bibliothèque.