
Je suis un fanatique de Wes Anderson, surtout du Darjeeling Unlimited, Grand Budapest Hotel, L’île aux chiens et French Dispatch, j’attendais donc avec impatience ce nouveau métrage. Même si je n’ai pas été complètement conquis, je pense qu’on a là un grand film à décortiquer.
Ma séance de ciné
Mais avant de parler du film, j’aimerais parler de la séance car les spectateurs furent exécrables. Peut-être que ces gens voulait passer un moment climatisé pour échapper pendant deux heures à l’été caniculaire, qui sait ? Toujours est-il que la moitié de la salle est arrivée en retard, changeant de place trois fois en s’aidant de la lumière des portables. Et puis très vite, à la vue d’un film pas facile d’accès, ils se déconcentraient, papotaient, soufflaient.
De quoi parle Asteroid City ?
En noir et blanc, un narrateur va nous raconter la genèse d’une pièce de théâtre nommée Asteroid City, en scénette, comment un metteur en scène la monte, comment les acteur se préparent, comment l’auteur l’écrit, etc. En couleur, on voit le contenu, l’histoire de la pièce de théâtre. Celle-ci se passe à Asteroid City, micro-ville perdue dans le désert étasunien, établie autour d’un cratère laissé par un astéroïde, avec ses bungalows, ses distributeurs, son drive-in et son laboratoire scientifique. Pendant quelques jours, une myriade de personnages vont échouer dans cette ville, assister au concours scientifique des inventions d’adolescents géniaux et à l’arrivée, fugace, d’un alien. Suite à quoi l’armée confine la ville et crée un huit-clos.

Wes, orfèvre et créateur d’images
La première chose qui me marque dans ce film, et plus que dans aucun autre film de l’auteur, c’est sa capacité à créer des images incroyables, qui restent, qui ont un je-ne-sais-quoi d’énigmatique et poétique. Ce n’est pas pour rien qu’un des personnages les plus importants est un photographe. Il y a dans ce film la volonté de capter un moment précis, de contemplation, d’émotion, un petit mouvement parfaitement calibré et structuré dans le cadre. Ce n’est pas pour rien qu’on parle à un moment de signaux qui s’impriment sur la rétine. On veut laisser une empreinte, des tableaux dans la tête des spectateurs. Des icônes étranges, disparates, énigmatique. Le réalisateur apparaît en artisan bijoutier de son cinéma. Il taille la matière jusqu’à avoir un diamant.
Pistes interprétatives.
La messe est dite : le cinéma est un théâtre, ce que l’on voit est factice. Les décors ont toujours une conception de décors, ils sont filmés comme tels. La mimétique est brisée, ce que le spectateur doit voir derrière les signaux montrés, ce sont leur symbole, ce qu’ils représentent. Là dessus, tout porte à croire qu’on est dans une vision de l’américana, c’est-à-dire un fantasme, une idée des États-Unis des années 50, à la fois dans Broadway et dans la ville perdue visitée par les aliens.
Quelque chose frappe au visionnage : la densité de la narration. Les scènes en noir et blanc, et les scènes en couleur sont emmêlées de manière chaotique. Les dialogues sont très écrits, très « littéraire » pourrait-on dire. Wes Anderson joue là-dessus puisque une partie du film parle de l’auteur de la pièce qui se questionne sur le fait qu’Asteroid City soit une pièce absurde, sans propos, où on peine à comprendre la finalité. En effet, on a une mosaïque de micro-événements et de personnages. En sortant de la salle, j’étais frustré qu’on ne connaisse pas mieux les personnages. À la réflexion, je pense que c’est voulu. Tout est à prendre à distance.
Wes Anderson fait varier notre distance au film, mais à trop jouer à ça, je pense qu’il perd le spectateur, car il ne pourra jamais maîtriser pleinement la réception de son film. OK, Asteroid City parle du vide dans les relations, du vide des paroles, de l’impossibilité de se dévoiler et d’être vrai, tout est vide, tout est absurde. OK, mais quoi de neuf depuis Brecht ? Rien. J’attendais de Wes Anderson qu’il dépasse ça. Je suis trop sévère, il restera dans ma mémoire des moments d’exceptions, quand même, par exemple, cette intro du train.