Je suis tombé sur ce roman tout à fait par hasard, alors qu’on se baladait à la librairie d’Eymoutiers (87). En le voyant, ma copine l’a pris parce qu’Hesse est un des auteurs préférés de sa mère alors on l’a pris pour pouvoir en parler avec elle. Le lendemain, je faisais des vérifications aléatoires sur Wikipédia, et quelle page me propose le bot ? Demian, évidemment. Le coup du hasard m’emballait à lire ce livre, mais après lecture, un seul mot me vient : déception.

Est-ce un signe ?
En effet, ma lecture fut vraiment laborieuse et pleine de questionnements sur la narration, la structure et les interprétations possibles du livre. Au début, j’ai bien l’impression d’être face à un roman d’initiation « classique », avec un jeune garçon en tant que narrateur qui fait des découvertes sur le monde. Sa parole nous transmet l’étrangeté du monde et des relations. Arrivé au tier du livre, toujours sans trace de Demian, je me demande où on veut m’emmener car il y a déjà des longueurs. A un moment, on pourrait penser qu’une morale à dégager du récit serait que nous trouvons notre chemin grâce à l’amitié et la discussion mais non, très vite ce qui prime, c’est l’influence magique de Demian sur les autres, tel un gourou qui fascine le narrateur. C’est ennuyant, vu et revu. Puis on passe par tous les topoi du genre: passage de l’enfance à l’âge adulte, disparition de la candeur enfantine corrompue par la vie, le tout saupoudré de maximes aléatoires et mystico-bibliques. De rares passages valent le coup pour leur poésie, comme la découverte de la peinture par exemple, mais ils sont occultés à chaque fois par une conclusion digne d’un moine agenouillé devant son prophète. La réflexion théologique prend toujours le dessus. Drôle d’apologue.
L’obsession du binaire
Le dedans, le dehors. Le bon, le mauvais. L’espace social sain(t) du foyer, l’espace corrompu de l’extérieur. Voilà ce qui parsème le livre. On pourrait se dire que ce manichéisme est mis en place pour rendre saillant l’extraction du narrateur de ces deux milieux, pour qu’il trouve sa propre place sociale, il n’en est rien. C’est en lien avec le message autour d’Abraxas, capable « d’allier le divin et le démoniaque », au secours. Hesse est fasciné par l’ésotérisme biblique. Pour moi, un auteur n’a pas besoin de cela pour esquisser ce que ressent un jeune homme en grandissant et en faisant ses expériences de vie.
Un récit initiatique ?
Dans Demian, l’initiation est religieuse et spirituelle. J’aurais aimé lire cette phrase sur la page Wikipédia et sur la quatrième de couverture. Sous couvert d’un récit à symboles et sur les symboles à déchiffrer, on a un livre moral. En lisant ce livre, on pense à la tradition de l’apologue, mais ici point de philosophie, il faut élever le lecteur non pas en savoir mais dans son interprétation des marges de la Bible. La corruption du personnage et du monde est une corruption chrétienne, venant du péché originel. Le mal est suggéré par le Malin.
Il y a bien cette emphase sur les rêves qui pourrait sauver l’ensemble, mais même eux sont faits d’images et d’un inconscients tournés vers le Salut et la psychanalyse qu’expérimente l’auteur au moment de l’écriture. Ainsi, les courts moments oniriques viennent éclairer divinement la vie du narrateur.
Après cette lecture, il me sera difficile de revenir vers l’auteur, nous verrons bien.
Notes annexes
Le narrateur s’appelle Sinclair et l’onomastique est claire : c’est un saint. Seulement, son nom n’est utilisé que dans le sous-titre du livre et une fois dans le texte.
Le terme allemand gymnasium est traduit en français par gymnase. Fait étrange. Il me reste peu de mes cours d’allemand, mais il me semble que ce terme désigne plus l’école, le collège, le lycée, le highschool en somme. Cela m’a désarçonné à la lecture.