
Dans un été où l’atmosphère semblait s’embraser, il nous fallait trouver un havre de paix et de fraicheur. Oppenheimer nous semblait idéal pour ses trois heures de durée. C’est trop long pour un film, mais c’est trop bon pour la clim.
J’attendais beaucoup de voir ce film depuis sa sortie, gagné par la hype « Barbenheimer ». En sortant de la salle, j’ai été déçu à plus d’un titre, mais commençons par le positif.
D’abord, j’ai découvert en détail ce morceau d’histoire Ô combien intéressant et mis en scène fidèlement, je l’imagine, par le réalisateur. C’est sûr : papy Nolan sait tout rendre beau et mettre en valeur l’incarnation des personnages par les acteurs. Rien à dire là-dessus, on est brûlé par l’Histoire au troisième degrés. Ou devrais-je dire au premier degré, puisqu’on suit la subjectivité d’Oppenheimer jusqu’à sa fascination abstraite, formelle, plastique, mystique, symbolique des particules.
Un film quantique
Fort de ses comparaisons avec la physique, le film tend vers une morale floue, paradoxale, ambiguë. Son réalisateur, comme à son habitude, joue cette carte sous couvert d’être « complexe ». Toutes les ambiguïtés sont criardes, comme si le spectateur ne pouvait pas comprendre. On nous enseigne même qu’il y a du vide entre les particules ! Pas besoin de nous l’enseigner, il faut nous le montrer. Comme d’habitude, Nolan est tout sauf complexe et se qui traverse l’écran, c’est surtout un manque de profondeur et un sérieux problème d’exposition.
A l’image de l’infiniment petit, ce film est quantique, c’est-à-dire qu’il est d’une inutilité voyante quand on se pose la question de son sens. Pour notre présent, est-ce que l’apport du spectateur face au film est similaire à l’apport de l’art que voit le jeune Oppenheimer au début du XXème siècle ?
Ce qui me pose problème, c’est que la carte de l’ambiguïté morale n’est pas tenue jusqu’au bout. Il y a toujours un je-ne-sais-quoi de policé en faveur des États-Unis. Et si, à la place de ces grands discours, Oppenheimer avait une vision de lui dans le salon d’une famille japonaise grillée sur place ? A la place, il marche dans un demi-cadavre, voit quelques bout de peaux pelées, guère plus. Pourquoi ne pas insister sur l’absurdité politique ? Même Truman s’en sort pas mal. Heureusement, on a Einstein qui sauve le film en trois répliques, Niels Bohr en deux. On aurait voulu un film sur eux.
