
J’avais hâte de voir ce film, déjà il y a longtemps, j’avais été retourné par Les Garçons Sauvages. Depuis, j’ai loupé After Blue, et je n’ai fait que voir de loin ce cinéaste aux influences proches des miennes : Druillet, Topor, Cocteau, Lynch, sans parler de la musique…
L’occasion se présente de voir Conann en présence du réalisateur. La projection est précédée d’une rencontre et d’une dédicace, puis succédée de L’émission a déjà commencé, un aggloméra de moyen-métrages en lien avec Conann. Je me dis : « Chouette ! » Alors je regarde des interviews de Bertrand Mandico, pour préparer le terrain. Peu à peu, après mon intérêt, un malaise que je ne peux expliquer s’installe en moi. Les notions se répètent d’une interview à l’autre, le réalisateur et les actrices enchainent des discours semblant flatter la mondanité mais qui font tiquer mon esprit. Je me pointe à la rencontre et j’écoute. J’entends les mêmes choses, en plus de considérations diverses sur l’art. Ce qui m’a marqué en positif de cette rencontre, c’est la passion avec laquelle il parle du cinéma et du fait de faire, faire et refaire. Puis vient le moment de la dédicace, je demande au réalisateur le meilleur chemin pour découvrir son travail, car je suis perdu devant cette masse de court-métrages, et projets divers. Il me répond en esquivant, pas de chemin précis, il faut rentrer dedans. Ok. Merci.
Vient alors la projection de Conann, le film est un vaste poème hermétique, une sorte de tentative d’adaptation épique du mythe celte à la sauce Mandico. Effectivement, « tout ce que l’on voit est vrai » comme le répète inlassablement le réalisateur, est ça, c’est beau. Pellicule, effets pratiques, photographie magnifique, générique, etc. Par contre, je considère qu’il n’y a que ça à sauver. Le reste est un marasme psychédélique surréaliste, un égotrip sans diégèse. Je n’ai pas non plus l’impression qu’il maîtrise ce qu’il fait, qu’il a digéré le myhte celte de Conann, qu’il sait vraiment ce qu’il dit. Oh, et par pitié, on comprend rien quand les personnages parlent, la faute à une post-synchronisation,
Pour reprendre le verfremdungseffekt de Brecht, il y aurait une distance infranchissable dans ce film qui a paralysé mon regard et m’a empêché de rentrer dans l’image.
Il faudrait que le réalisateur se rende compte que factuellement, il a de mauvaises façons de faire son cinéma. En effet, faut-il rester sur de la postsynchronisation, faut-il rester sur des effets pratiques, etc, etc, à tout prix ? Bref, je suis en pleine réflexion sur ce cinéma. Néanmoins, j’ai eu ma dose pour longtemps.