Lapin, de Mona Awad

Note : 3 sur 5.

J’ai pu lire ce livre grâce l’achat d’une liseuse, puisque Lapin n’est pas disponible en France pour le moment.

Ce fut une très bonne lecture, quelque chose de très intéressant ce dégage de Lapin, et malgré mes trois étoiles sur cinq, je suis convaincu que c’est une œuvre contemporaine majeure qui synthétise et mélange les préoccupations fantastiques et féministes du moment.

Pendant ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la proximité de Lapin et l’esthétique Dark Academia. J’y ai retrouvé les topoi installés par Le Maître des Illusions de Dona Tartt, le milieu universitaire privilégié mais dangereux, le groupe d’étudiant entretenant des secrets qu’il s’agit d’intégrer, un narrateur mélancolique avec une santé mentale plus que défaillante. Sauf qu’ici, Mona Awad retourne ces lieux communs pour en jouer.

En effet, la sève du livre réside dans la dichotomie entre les racines de l’horreur gothique, cosmique, le fantastique aux tours sombres, et les couleurs éclatantes, girly, surcrées, mignonnes, tout droit sorties d’Alice au pays des merveilles ou Le Magicien d’Oz. Ce qui permet à l’autrice faire appelle à des références très diverses, allant de Woolf, à Dick, au LSD, etc.

Le tout apparaît comme une parodie burlesque de codes littéraires et sociaux pour mieux les critiquer. En effet, ce que j’ai le plus aimé, c’est cette réflexion véhémente des violences symboliques, de classe, sur les inégalités d’accès à la culture, de pratique de la culture. Ceux qui interprètent de manière absurde les idées féministes et deviennent des caricatures d’une bourgeoisie libertarienne américaine sont en réalité complétement ridicules.

Combien ai-je croisé de gens comme dans Lapin qui pensent réfléchir sur l’art alors qu’il ne disent rien ? Combien ai-je croisé de pédants qui ne savent pas dire leur pensée et préfère s’inventer des histoires pour faire mine d’être intéressant ? Beaucoup.

Alors j’avais pris beaucoup de note jusqu’à la moitié du roman, mais comme j’ai été un peu déçu de la fin et du potentiel sens que l’histoire peut avoir, je ne vais pas les exposer ici. Mais en substance, cela tournait autour de l’organisation des Lapins, comment elles réfléchissent sur la poétique romanesque, comment tout cela se mêle aux théories féministes, comme une contre-sororité.

J’ai passé un excellent moment pendant ma lecture. Lapin est un roman que je conseille vivement !