
Loupé lors de sa sortie en salle, je rattrape le visionnage Le Règne Animal grâce à sa disponibilité en VOD. Depuis, j’ai pu me documenter sur le film car il m’intéresse. Je suis assez rapidement intrigué par ses thèmes et ses effets spéciaux, surtout qu’il est apprécié par la critique. Chacun clame qu’il attendait depuis des lustres un tel film de genre français sur l’altérité. Le règne Animal est ensuite porté dans les divers concours cinématographiques et poursuit son succès en salle. Mais je sens que quelque chose cloche, l’impression que certains se forcent un peu à l’acclamer. Des amis en parlent à leur tour de manière élogieuse. A première vue, ce serait définitivement un film pour moi.
L’éléphant dans un magasin de porcelaine
Sauf qu’au visionnage, plusieurs choses me frappent, des éléments qui n’ont pas été soulevés par la critique et qui pourtant me semblent très présents.
Commençons déjà par l’écriture qui nous propose une histoire cousue de fils blancs et qui, dès les premières minutes, m’emmène dans le plus profond ennui. Le tout est poussif. Le moindre dialogue est compliqué, les acteurs cabotinent. La thèse centrale est que les humains sont mauvais, oui effectivement, autour de cette thèse : beaucoup de pistes sur les hôpitaux, le traitement de la marginalité, la maladie, les facho, la société moderne que sais-je, mais rien n’est développé.
La scène d’ouverture dont on parlait beaucoup m’apparait comme vulgairement fade pour une raison très claire : le montage est épileptique. Les situations les plus simples ont parfois cinq cadres. Cut Cut Cut en permanence.
« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience », Fureur et Mystère, René Char, 1948.
A l’image de la citation de René Char, répété deux fois pendant le film, comme si on n’avait pas compris, il semble que le film ait été fait pour « troubler ». Le Règne Animal serait fait pour tourmenter. On peut s’arrêter un moment ? Quelles chevilles faut-il avoir pour faire ça ? Surtout quand on connaît le contexte idéologique dans lequel le poète a écrit cela. Il faut faire une cure de modestie, ou tailler ces gros sabots qui déborde de l’image.
Étant assez familier des films de genre, je constate surtout que Le Règne Animal est un film très modeste, qui essaie tant bien que mal de cacher ses manques de budget par de petites idées de mise en scène, de costume, de maquillage. Il apparaît très vite que le film est un teenmovie initiatique à l’américaine, dont nous sommes abreuvés, transposé dans le sud-ouest de la France.
Beaucoup de signes portent à croire que l’hybridité transpire jusque dans la forme du film, et justement dans les coins qu’il n’assume pas trop.
La beauté du film réside dans des moments simples : quand on nous montre la nature, la vie, l’amour, sans parler, en nous laissant le temps de regarder. De rares moments dans la foret échappent un peu au film, même si des scènes telles que la rencontre avec la mère ne sont clairement pas comprises par les faiseurs, comme s’ils ne comprenaient pas eux-mêmes ce qu’ils avaient engendré et qu’ils ne savaient pas quoi faire des situations mises en place, perdus à l’image de leur protagoniste. Il faut plisser des yeux et être aux aguets pour glaner quelques secondes de sensations véritables du rapport à la nature.