Furiosa, de George Miller

Note : 4 sur 5.

Mon lien à Mad Max et à George Miller

J’ai très peu de souvenirs des « vieux » Mad Max, les trois long-métrages de l’australien m’avait pourtant sauté au yeux sur mon petit ordinateur de l’époque. J’avais vu les trois d’affilé, sans reprendre mon souffle. Mais rien, à part quelques images analogiques de bitumes et autres pneus, ne me reste. Je ne comprenais pas vraiment ce que je voyais.

Et puis il y a eu Mad Max Fury Road. Je ne l’ai pas vu non plus au cinéma, mais je l’ai vu deux fois, là aussi, sur ordinateur. Il me fallut le second visionnage de la version en noir et blanc pour que je me rende compte de la portée immense de ce bloc.

Il y a quelque temps, on avait vu Trois Mille Ans à t’attendre, en 2022. Mon film préféré de Miller.

Le visionnage de Furiosa

Un vendredi matin, bien au fond de la salle, nous voilà au Pathé du coin avec du pop corn en guise de petit déjeuner. Le bonheur quoi.

Malgré ce que je vais dire plus loin, Furiosa est un blockbuster d’action tout simplement parfait. Et on ne verra jamais mieux avant le prochain film de George Miller. L’image, la caméra, le montage, tout est simplement incroyable. Il concrétise les fantasmes d’un lecteur de Métal Hurlant. A ce niveau-là, l’éloge est infini. Merci pour ça George. Quelle séance !

Quelques moments tirent en longueur, mais c’est bien, car c’est à cause du fait que l’oeil est maintenant habitué à rester en cinquième vitesse, alors qu’en réalité, on ne cesse de changer de vitesse.

Des images me resteront longtemps, notamment la fin avec l’arbre poussant de l’entre-jambe de Dementus, comme la nature se vengeant de la société par le simple fait de vivre, de pousser, de fleurir.

Néanmoins, un arrière-goût persiste à la sortie de la salle. Le même arrière-goût que j’ai quand je ferme un Métal Hurlant. Preuve du parfait hommage de Miller. « A quoi bon ? » Quel sentiment de vide, de vacuité, de vanité…

La création d’un mythe moderne ?

Voilà ce qu’on peut lire depuis la projection du film à Cannes. Des analyses vont et viennent. Ainsi, je pourrais vous parler d’Héraclès furieux, des nymphes de Waterhouse, ou de catabase. Je pourrais décortiquer tous les réseaux de symboles que le film contient.

La thèse du film se veut être une réponse illustrée du point de vue de Dementus : « il n’y a pas d’espoir », rien n’a de sens, il faut alors embrasser le cycle des guerres et rester cynique, car les hommes sont par essence mauvais. Ainsi, les personnages féminins seraient en lutte contre cette vision nihiliste, masculiniste, populiste très contemporaine. Furiosa va vouloir retrouver la sororité qu’elle a connue dans son enfance utopique. Dans le réel, le féminisme veut reconstruire l’habitus structurel d’une sororité. Puisqu’il n’y a pas de modèle ancien parfait à retrouver. Là est la nuance.

Le problème est le suivant : je comprends ce que veut dire le réalisateur, grâce à ce qu’il me mets face au visage. Mais je ne le vois pas dans la mise en scène ou la narration. Quand je creuse la réflexion, je me retrouve souvent dans l’impasse.

Par exemple, Furiosa ne combat pas le masculin en temps que tel, elle combat pour sa survie une société dont fait partie seulement des hommes. Les figures féminines sont toutes recluses à manger des asticots sous terre, réduites au silence, faibles, objets mystiques de production d’enfants. Autre exemple, Furiosa n’est pas une héroïne punie à cause d’une faute d’orgueil, elle est victime du hasard de tomber sur des brigands plus forts qu’elle. Elle est victime d’être trop téméraire, hardie, et de vouloir détruire ces méchants motards arrivés jusqu’ici. Seule, avec ses petits bras de fillette. Comme poussée par un fatum du courage.

En somme, le film me parait être aussi intelligent qu’une copie du bac de philosophie qui répond au sujet « Qu’est-ce que l’audace? » par « L’audace, c’est ça. »

Homère n’a pas écrit L’Odyssée n’était pas conscient de faire une oeuvre grandiose, de créer un mythe ayant un métadiscours sur la société de son époque. Non, il a travaillé son époque. Les premiers suiveurs de Jésus n’ont pas écrit L’Ancien Testament en plaçant face au lecteur, bien visible, ce qu’il devait penser. Non, ils ont mis par écrit leur croyance.

Une œuvre qui se regarde penser comme Furiosa aura toujours mon dégoût. En s’en tenant à ses pulsions, à ses pures envies, à sa créativité, Miller aurait pu vraiment augmenter la portée de son roller-coster. Il a oublié qu’entre les cases de BD, il y a la gouttière. Si on remplis l’espace de réflexion du lecteur à sa place, alors on fait une œuvre univoque.