Love Lies Bleeding, de Rose Glass

Note : 4 sur 5.

Pur plaisir de cinéma, Love Lies Bleeding déploie ses filets musculaires autour d’un amour du genre à papa. J’y ai senti ce petit goût de roman américain plein d’américana, où les white trash mène des existences vides dans la poussière du mid-west. Je sens que ce film est fait pour faire réagir, pour faire dialoguer. Dommage d’ailleurs qu’il ait suscité des réactions inappropriées au BIFF 2024, c’est comme ça que j’ai entendu parler du film en premier lieu.

Pendant le visionnage, je dois dire que j’ai été emporté par la générosité du film, autour d’un cocon assez simple. On caractérise les lieux, les personnages de manière très intense pour rendre profonde la complexité de leur histoire. Chaque élément a vécu avant le début du film, ce qui permet de mieux nous attacher à ces gens qui doivent constamment composer au delà du bien et du mal, puisqu’à chaque instant tout le monde – les hommes – imposent des règles et actes injustes. Dans ce film, la violence s’est incrustée dans toutes les nervures sociales, jusqu’à rendre fou. Il y a littéralement un cratère, une fracture, un canyon creusé par la corruption à l’intérieur même des liens intimes de la famille.

Ainsi, l’amour qu’on nous montre se veut au plus près des sentiments des héroïnes, qui veulent réinventer et dépasser un rapport au corps, au care, au désir, pour s’émanciper des schémas patriarcaux. La mise en scène, la photographie, le montage, se voulant très connotés « auteur », « A24 », épouse les espoirs de nettoyage des erreurs passées. Le rouge doit être récuré bien fort.

Les défauts pour moi sont dans l’écriture du « père », notamment à la fin, où il y a quelques incohérences, et où les « métaphores » finales tombent un peu à plat, même si le film assume franchement des visions rêveuses très belle. Certains tics de plans « à la A24 » sont répétés et soulignent un peu trop le trait pour moi, comme les inserts du « père » en regard caméra avec un néon rouge… Dans l’ensemble, j’ai passé un très bon moment.