Knit’s Island, L’île sans fin, de Ekiem Barbier, Guilhem Causse, Quentin L’helgoualc’h

C’est le documentaire de trois jeunes réalisateurs qui vont sur le jeu-vidéo DayZ, y capture des images et propos de joueurs et de personnages, en 2020, pendant le confinement.

Quelle émotion en voyant ce film ! En plus des points que je vais énoncé après, Knit’s Island m’a rappelé des moments très intimes passés sur des jeux-vidéos. J’espère que tout ces visages rencontrés vont bien.

Le documentaire développe surtout la beauté qui réside dans frontière poreuse entre le réel et le virtuel. On suit les trois réalisateurs parler à des joueurs. Ils se donnent tous trois des « rôles » : l’un est le cadreur, l’autre le preneur son et le troisième l’intervieweur. Ils travaillent une mise en scène et une progression magnifique.

Les voyageurs contemplant une mer de nuage

D’abord, le film est ponctué de moments contemplatifs, où l’on regarde les paysages de DayZ. Ses graphismes réalistes ont des limites visibles, ce qui installe une sorte d’inquiétante étrangeté. On voit comment des éléments techniques sont brouillés, pas totalement au point, imparfaits : les voix au micro, les mouvements… Ainsi, DayZ ne simule pas, il propose une interprétation d’un monde possible et fictif. Les réalisateurs rendent saillant la beauté du jeu par ses imperfections. DayZ met un cadre esthétique : le thème post-apocalyptique, la survie, l’imaginaire mêlé du western et de S.T.L.K.E.R, le bac-à-sable. La cohérence esthétique des joueurs suit ces références.

Je n’avais vu aucun film parler de ça auparavant.

Des gens comme les autres

Ensuite, une part majoritaire du film s’intéresse aux joueurs eux-mêmes, puisque ce sont eux qui créent un contenu fictionnel.

Les joueurs transmettent leur expérience de la bizarrerie, leur lore. Parfois, ce sont les personnages qui parlent, et non pas les joueurs. Plus le film avance, plus on va s’intéresser à une bande en particulier. Ils évoquent l’évasion du monde, des bienfaits du roleplay, leur vie, la vie de leur personnage, leur relation au temps. Les joueurs sont lucides, critiques, en réflexion sur leur distance et leur pratique avec le jeu.

Fait important : un bon nombre de femmes sont entendues, ce qui offre des témoignages d’expériences ludiques rares.

Mon moment préféré est quand les réalisateurs demandent aux joueurs de décrire ce qu’ils voient de leur ordinateur, à travers la fenêtre. Comment ne pas pleurer ?

Enfin, j’ai pensé au simultanéisme des poètes du début du XXème siècle comme Cendrars ou Apollinaire. Le simultanéisme est une notion poétique où le poète va se situer à deux endroits en même temps. Je trouve que ce documentaire relate des expériences poétiques similaires.

Fin

Quand j’ai terminé le film, j’ai cherché pendant des heures des informations sur les réalisateurs et les personnes interviewées dans le film. A part une ou deux interviews des réalisateurs, je n’ai pas trouvé grand chose. J’aimerais demander aux réalisateurs ce que les joueurs ont pensé du film.

Je ne sais pas pourquoi, mais ce film m’a enfin donné l’envie de lire Simulacres et simulation de Baudrillard. Affaire à suivre.