Nosferatu, de Robert Eggers

Note : 5 sur 5.

Comment j’ai vu le film.

Écrire sur un film, noter mes impressions, mâcher et digérer des images, voilà ce que j’essaye de refaire sur ce blog. Depuis des mois, je n’écris plus, à cause du travail, voyons ce qui sort.

Je suis allé voir Nosferatu dans ma salle préférée, l’American Cosmograph de Toulouse, cela faisait longtemps que je n’y étais pas allé et ça fait du bien de retrouver ce parfum d’antan.

J’ai hésité avant d’aller voir Nosferatu. La dernière fois que j’étais allé voir un film de vampire, Vampire Humaniste cherche suicidaire consentant, j’avais fait une crise d’angoisse. Une surcharge de travail en était la cause. J’ai toujours eu un rapport particulier au sang et aux histoires de vampires, une sorte d’attirance et de répulsion, qu’il ne s’agit pas de détaillé ici mais qu’il faut dire puisque c’est exactement ce que portent en elles les histoires de vampires.

En voyant Nosferatu, non seulement je n’ai pas fait de crise d’angoisse, mais je me suis senti bien. Il y eut de la peur, du malaise, du dégout, mais aussi une sorte de réconfort. Le film parle aux adorateurs, comme moi, d’histoires fantastiques et gothiques du XIXème. C’est ce respect et cette croyance profonde dans le folklore, l’occulte, l’horreur, le patrimoine et les contes qui me plait. Parfois, le film prend des distances, mais garde la foi.

Les défauts du monstre.

Alors voila, il reste que Nosferatu est sans doute le film de Robert Eggers que j’aime le moins, mais on est tellement haut que ça ne veut presque rien dire, à part que c’est le moins étonnant, déroutant et inattendu, du fait même de sa nature d’adaptation. Il y a aussi certains moments dans le film où on semble contraint de parler, puis de répéter les même effets d’épouvantes. Cela maintient difficilement la tension dramatique dans la deuxième heure, et nous place dans le convenu. J’en convient.

Je pense aussi que ces moments d’inconforts narratifs résultent du jonglage, du tour de magie que fait sous nos yeux le réalisateurs. Il essaye de nous montrer ce que les autres, Murnau, Coppola, Herzog, ne montraient pas.

Il est certain que le réalisateur a dû travailler avec la tension, des producteurs sans doute, d’un film d’horreur, de montagne russe, de bouh, et d’un film gothique, romantique, occulte, fantastique au sens premier.

Encore une fois, on embrasse le conte, le monstre sous le lit, à la croisée de Barbe Bleue et de la peur du désir féminin.

La jouissance du visionnage.

Que dire de la mise en scène si ce n’est qu’elle veut épouser les effets de style du fantastique et multiplier les malaises et les désordres.

J’ai aimé les miroirs placés dans les pièces, pas forcément pour jouer avec eux, ils sont juste là. Évidemment, cela va immédiatement, inconsciemment, mettre en évidence les problèmes des histoires de vampires : que vois-je dans le miroir ? Je est un autre ? De plus, l’occultisme dit que les miroirs sont un passage.

J’ai aimé les grains de beauté d’Ellen, placés à la base du cou et sur le trapèze. Évidemment, ce vampire boit directement au cœur, sur la poitrine. Elle porte sur son corps la marque de son lien fantasmatique.

J’ai aimé la photographie, la lumière des images. En toute simplicité, les teintes rappellent les colorisations de Murnau. Blanc et bleu d’un côté, jaune bougie de l’autre.

De la même manière, le travail de l’ombre, au cœur du cinéma, est magnifique. Que ce soit l’ombre dans les rideaux, l’ombre de la main sur la ville, le noir complet d’une porte s’ouvrant sur le néant. Tout cela déploie l’imaginaire du spectateur, agite le regard. Je ne pense pas qu’on veuille à tout prix de tension dramatique, puisque ce n’est pas un film d’épouvante, mais d’un véritable registre fantastique, où nous devons scruter, interpréter, jusqu’à ce que l’impossible donne la nausée.

J’ai aimé ce Nosferatu, qu’il se dévoile de plus en plus au fil du film, que ce soit une bête, un non-mort, un propagateur de la maladie et de la mort. Il est la petite mort. Il est tout ce que l’humanité veut cacher, veut étouffer, ne pas voir. D’où le choix de ce dernier plan, éloquent, audacieux, qui réifie complétement le monstre.

J’ai aimé les décors, les costumes, les symbole, l’écriture du contrat, l’eau, la sueur, les flammes, le chat…

De ce Nosferatu, je garde finalement ce bonheur de voir de la magie.