Mickey 17, de Bong Joon Ho

Note : 4 sur 5.

Rien de mieux que de lire des torrents de merde sur un film pour l’adorer et ce rendre compte que tout le monde va au cinéma avec des spaghettis en guise d’yeux.

Au départ, je ne voulais pas aller voir Mickey 17. La faute ? Les critiques. Tout les sites, tout les podcasts (hormis La Gène Occasionnée), ont parlé de ce film de manière négative. Je me souviens les procès faits au propos politique poussif, répétitif, attendu, aux personnages et à la narration jugés caricaturaux, mal construits, déséquilibrés. Et vas-y que l’humour est lourd, et puis que l’identification à la souffrance de Mickey ne marche pas, etc, etc. Autant dire qu’avec ces sons de cloche, je n’allais pas aller voir le film.

Le bide

Apparemment, tout le monde a plus ou moins snobé Mickey 17. Le film est un bide. Seulement, c’était prévisible et évident, comment pourrait-il en être autrement ?

Je fais le pari que c’était prémédité déjà par Bong Joon Ho, puisque c’est logique qu’il fasse ce genre de projet après Parasites, ne serait-ce que pour garder la flamme du cinéma étincelant de danger, d’innovation, d’inattendu.

Aussi, je fais un deuxième pari que les producteurs savaient que ce projet n’allait pas être rentable, et qu’ils allaient juste profiter de la lueur d’un auteur prestigieux. Ils ont juste fait le choix capitaliste de lâcher l’accompagnement du film. Nous passerons sur tout les déboire de fabrication qu’a connu Mickey 17, si ça vous intéresse, Google est votre ami.

Enfin, je fais le troisième pari que le propos n’a pas aidé à rendre le film populaire. Adaptation d’un livre de SF à papa : niche. Adaptation d’un livre de SF à papa humoristique : niche. Adaptation d’un livre de SF à papa humoristique, anticapitaliste, et porté sur le métaphysique : niche.

Évidemment que ça a bidé, arrêtez de nous prendre pour des quiches. Par contre, Mickey 17 aurait pu être fait, sans doute, avec moins d’argent. Il faut résonner les budgets.

Mon visionnage

Et puis, un samedi soir à 18h, je vais voir le film, nous sommes cinq dans la salle, et je me prends une claque surprenante. Cela fait presque deux semaines que j’ai vu le film, et je dois dire qu’il m’a marqué, il me reste beaucoup de choses, et il m’accompagnera encore quelques temps. Je ne vais pas tout dire dans cette note, ça prendrait trop de temps, mais simplement pointer des choses qui m’ont parues peu, ou pas abordées par les critiques.

Commentons d’abord la musique, ce qui n’a jamais été fait dans ce que j’ai lu, parce qu’elle m’a étonné. En effet, sur ce conte philosophique, on entend une musique mouvante, aux multiples registres et tonalités, souvent nauséeuse, aux reflux des tréfonds des âges barbares. Elle accompagne le récit et le révèle, nous le fait mieux comprendre, mieux voir, mieux penser. Comment ne pas faire l’élégie de ce travail merveilleux? Cette bande-son mêle notes burlesques et grinçantes, parodiques et mignonnes, guerrières et sanglantes. Et puis parfois elle nous transporte vers l’ailleurs et l’autre, simples thèmes de la SF rappelons-le, avec des gammes exotiques, des chants diphoniques, une ampleur lynchienne. Elle me laisse une saveur de valse branlante à dos de cheval colonisateur. C’est pas tout le temps, je voulais le noter.

Aussi, ce que je voulais mettre en avant, et ce qui a été très largement critiqué, c’est l’identité équivoque et dialectique de Mickey 17. C’est-à-dire que ce film fait exprès de travailler la contradiction, le mélange, le collage presque, en une sorte de chaos organisé. On est dans un apologue, donc qui dit apologue, dit réflexions, tentatives, questionnements et jeux. Pour montrer l’absurdité de ce que produit à la chaîne, jusqu’à l’aigreur d’estomac, le capitalisme comme idéologie, le film va ainsi jouer des contre-points et des balancements. Voyez les motifs de double, de mouvement de caméra, de reprise de cycle, de routine et répétition, ces signes religieux et productiviste, de management, comme des révélateurs du non-sens.

Grâce à tout cela, on peut observer comment Mickey s’extrait de toute cette merde, par son humanité. Alors même qu’il est l’infiniment petit, il est l’infiniment grand, et parvient à trouver l’extase, le sublime, comme résistance aux habitus fascistes. L’amour, la contemplation du vide existentiel, voilà ce qui compte.

Qu’est-ce que ça fait de mourir ? – Regard vague. Pas de réponse. –