
Mon texte :
Jamais je n’oublierai une phrase de Monsieur Carré, mon professeur d’histoire-géographie au collège : « Si j’avais su à votre âge que je deviendrai professeur, j’aurais bien ri. »
Je suis devenu professeur de français. Je ne suis pas devenu professeur de français parce que je ne l’avais pas prévu, mais parce que c’était le choix le plus froid et déterminé que je pouvais prendre à un certain point de ma vie. Je ne suis pas devenu professeur de français parce que j’ai eu la vocation. La lumière ne m’a pas dit d’enseigner. Je n’ai pas joué à la maîtresse quand j’étais petit, ou alors je ne m’en souviens plus.
Je jouais des rôles quand j’étais petit. Je ne jouais pas des rôles sociaux : la maîtresse, le pompier, l’astronaute, rien de tout ça, non. Je me prenais pour Néo dans Matrix. Je me prenais pour Spider-Man dans Spider-Man. Je n’en pouvais plus d’essayer l’impossible : déchiffrer les adultes en contre-plongée. Voulaient-ils jouer à ma place ? Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir. Je n’ai pas garder de modèle de mon enfance.
Nous tous, qui ne savions pas que nous allions devenir professeur, nous n’avons pas ri. Nous n’avons pas appris à devenir nous-même. Nous avons appris à jouer un rôle à côté de nos pompes pour ne pas dérailler du cadran. Jamais nous ne perdrons le fil de vue. La parole sera mesurée.
Rien ne saura taire ce secret : nos professeurs ne voyaient pas le costume qu’ils portaient. Ils nous l’ont pourtant donné. Il ne faut pourtant pas accepter de cadeaux d’inconnus qui s’ignorent eux-mêmes. Quand il pleut sur la place de la République et que la statue glisse, rien ne doit empêcher de grimper. L’enseignant ne fera pas dévier les élèves. Il n’y aura jamais d’importance, mais face au monde, la farce sera toujours drôle.