Annihilation, de Jeff Vandermeer

J’ai appris l’existence de Jeff Vandermeer grâce à une émission de Mauvais Genre sur France Culture. Son interview m’a intrigué, et son rapport au vivant m’a attiré.

À peine le temps de noter la référence dans mon carnet que le premier tome de la trilogie du Rampart Sud était dans mon sac, après une visite à « La Dimension Fantastique », Paris 10ème. Dans ma soif de lecture, je n’avais pas vu que mon livre était dédicacé par l’auteur avant que le libraire ne me le dise.

Ce livre est donc chéri comme la prunelle de mes yeux.

Sur la lecture et la structure

Le livre est court, mais se lit lentement. Chaque phrase est mesurée, simulant l’urgence, la gravité et « l’enquête » de la narratrice. On lit son journal, ses réflexions et ses mémoires, à la première personne.

La construction narrative du livre est précise et méticuleuse, alternant de manière organique le récit et les analepses. Cette structure est quasi monolithique : tout est à sa place, ce qui renvoie à l’histoire, où la destinée, le temps et les êtres vivants sont, eux aussi, à leur place.

Ainsi, la lecture s’avère à la fois satisfaisante et exigeante, reflet d’un récit aux codes bien connus (le récit horrifique et fantastique) mais où tout est remis en question.

Sur le fantastique lovecraftien

La lecture d’Annihilation m’a rappelé Lovecraft. Soyons clairs : beaucoup de mes lectures peuvent rappeler Lovecraft, mais ici un peu plus que d’habitude.

Dans Annihilation, on lit un journal à la première personne. Une scientifique se balade, erre et décrit l’environnement.

Pour le lien avec Lovecraft, c’est le rapport au littoral, avec la présence menaçante venant de la mer et de son bord. Comment ne pas penser à Dunwich ? Et puis la nature indicible de la menace, l’altérité parfaite et cosmique.

Tout comme chez Lovecraft, nommer la menace la fait exister, la rend tangible et lui permet de nous atteindre, il faut donc l’ignorer et s’immerger dans l’environnement.

Il y a enfin cette constante interrogation sur ce que la narratrice observe et retranscrit, rien n’est fiable, le doute est partout.

Sur l’exploration

Parmi les thèmes de ce livre, les moments d’explorations m’ont beaucoup plu, et cela m’a fait penser aux explorations de donjons qu’on peut faire en jeu de rôle (comme dans Dungeon Crawl Classics, connaissez-vous?).

L’exploration du lieu se mèle à l’exploration intérieur des personnages. Il y a un jeu sur la perte de repère très réussie, La Maison des Feuilles a du être lue.

Citations

« Mon unique don ou talent […] était que les endroits pouvaient deteindre sur moi et que je n’avais aucun mal à en devenir une composante. » (page 134)

« C’est ainsi que la folie du monde essaie de vous coloniser : de l’extérieur, en vous forçant à vivre dans sa réalité. » (page 133)

« Il existait des milliers d’espaces « morts » comme le terrain qua j’avais observé, des milliers de milieux de transition que personne ne voyait, rendus invisibles parce que « ne servant à rien ». Ils pouvaient être habités par n’importe quoi sans que personne ne s’en rende compte tout de suite. Nous en étions venus à considérer la frontière comme par un mur monolithique invisible. » (page 189)

Fin ?

Quelle lecture enthousiasmante. Autant par la polysémie des mots que par le lien au vivant.

Je recherche un endroit sur internet qui regroupe les hypothèses sur l’histoire. Je n’ai pas encore trouvé.

Peut-être irai-je voir l’adaptation en film, lire la suite de la trilogie… Affaire à suivre…