• Note : 2 sur 5.

    Ce manga est un recueil d’histoires étranges, étant fan de Junji Ito, quel bonheur de voir que ma bibliothèque locale est en train de se procurer ses publications. Malheureusement, j’ai été assez déçu par ma lecture, peut-être que j’en attendais trop ?

    J’ai trouvé les histoires décevantes dans le sens où je souhaitais lire de l’horreur. A la place, j’ai lu des sortes de contes macabres très consensuels, sans prise de risque. Je n’ai pas trouvé les récits aboutis, j’entrevoyais toujours les moments où on pouvait vraiment prendre le chemin de la terreur, mais l’auteur ne l’empruntait jamais.

    J’espère que les prochains livres de Junji Ito que je lirai seront plus surprenants, intéressants et effrayants…

  • Note : 4 sur 5.

    Quel enfer. Je m’attendais à lire quelque chose de terrible et je suis pas déçu. C’est l’histoire d’une mère totalement folle qui va emmené son fils dans une spirale toxique. Comme on suit ce dernier, on s’attache à lui, et ça fait d’autant plus mal de le voir plier dans cette emprise nauséabonde.

    Le manga est aussi très « contemplatif », on entend par là qu’il y a des planches avec très peu de texte et où les dessins contiennent toute la détresse psychologique et tout le traumatisme du jeune Sei. On doit lire les traits du visage, les expressions des personnages, souvent figés dans des sortes d’énigmes malsaines.

    J’ai hâte de poursuivre ma lecture, pour voir jusqu’à quelle abîme nous allons plonger. Tant pis pour la dépression que ce manga va me procurer, car c’est fascinant ad nauseam.

  • Note : 3 sur 5.

    Quatrième tome que je lis parmi toutes les adaptations de Lovecraft par Gou Tanabe en manga.

    Ce fut certainement l’adaptation la plus « longue » à lire. Ce n’était pas ennuyant, mais au bout d’un moment, le récit tirait en longueur. C’est peut-être à cause de la popularité de la nouvelle. On est face sûrement au récit le plus connu, le plus lu de Lovecraft. Je l’ai lu il y a longtemps, à peu près 13 ans, et je m’en souviens comme si c’était hier, tant cette nouvelle est prototypique de Lovecraft.

    Pendant ma lecture, j’entendais la b.o. du jeux vidéo Return of the Obra Dinn, complètement en immersion d’une scène de bateau.

  • Note : 5 sur 5.

    Troisième lecture des adaptations de Lovecraft par Gou Tanabe, après Le Molosse et Dans l’Abîme du Temps.

    Ce tome commence avec une nouvelle « bonus », l’adaptation de Dagon. C’est encore une fois magnifique. Il y a une impression de simplicité dans le trait et dans le récit, comme si ces manga étaient faciles à faire. Or on comprend bien qu’on est face à un travail d’orfèvre.

    J’aime particulièrement comment Gou Tanabe dessine la lune, les flots, les orbes idiots et effrayants des créatures. L’onirisme transpire des planches. On est en pleine frontière fantastique entre rêve et réalité. Ô délicieuse perdition du lecteur avec le personnage.

    Celui qui hantait les ténèbres est mon adaptation préférée par Gou Tanabe ! C’est décidé ! Je ne peux qu’être accroché à cet esprit baroque, gothique, romantique et noir. Une sorte de Notre-Dame de Paris démoniaque, innommable. Que du bonheur. Je n’oublierai jamais cette cathédrale sombre et les yeux qu’elle abrite.

    Je ne peux m’empêcher d’entendre la b.o. de 2001 L’Odyssée de l’Espace, les chœurs sataniques.

  • Note : 4 sur 5.

    J’avais lu Le Molosse par Gou Tanabe l’année dernière et j’avais hâte de lire les autres adaptations en manga des nouvelles de Lovecraft. L’occasion s’est présentée quand, sous mes yeux, je les ai trouvé à la bibliothèque : j’ai tous raflé.

    Ce qui est fascinant, c’est vraiment la mise en dessin de Gou Tanabe, les visions et les horreurs prennent vie sous nos yeux effrayés. Le récit prend le temps d’installer un rythme respectueux de Lovecraft.

    Encore une fois, une histoire horrifique de science-fiction où c’est le savoir qui fait défaut. Le désir du savoir, l’étrange curiosité est présente chez notre personnage principal et chez la « grand-race ». Il y a comme un empilement de profondeurs : du temps, de l’espace.

    Hâte d’en lire plus !

  • Note : 2 sur 5.

    Au détour d’une balade à la bibliothèque, je trouvais le dernier livre de Julie Doucet, grand prix au festival d’Angoulême 2022. M’empressant de le mettre dans ma sacoche, j’étais impatient de lire pour la première fois cette autrice, fan que je suis de cette esthétique underground, fanzinesque et autobio-déglingo.

    Le livre se présente comme une fresque continue en accordéon, c’est cette forme qui m’a intrigué. La lecture fait un effet très particulier et unique. On est face à une sorte de flux de pensée dessinée, un dessin automatique. C’est comme si on arrivait dans la tête de l’autrice à un moment donné, et qu’on la laissait à la fin du papier. Ce livre est un moment de crayon.

    Ce qui frappe d’abord, c’est cette cacophonie de visages qui vont et viennent, apparaissent, passent. Les voix s’entremêlent dans un maelström. Le problème, c’est qu’on voit toujours les mêmes choses dessinées : des visages, des animaux qui hantent l’esprit. C’est quand même très étrange, même si l’on prend le récit et le dessin sous un angle psychologique.

    Le récit s’oriente vers un souvenir particulier, celui d’une histoire d’amour impossible pendant les années 80. Je trouve cela dommage parce que ce récit est assez classique au final, j’aurais limite préféré rester dans ce tourbillon onirique du début. La forme de l’accordéon a un seul sens pour moi, c’est qu’il mime le pliage des lettres, c’est un simple rappel à la diégèse dans laquelle on parle d’une correspondance. Néanmoins, je pense qu’en prose ce récit aurait été mis plus en valeur, peut-être que l’autrice s’est sentie « forcée » de revenir au dessin après son grand prix? Des pressions éditoriales? On est obligé d’y penser.

    Après lecture, je trouve que le projet éditorial de Suicide Total est bancal, car il me vient tout un tas de questions : au final, pourquoi ce titre ? C’est juste tiré d’une bulle, mais ça ne reflète pas ce qu’on a lu, à part une seule « scène » racontée par l’autrice. Au final, pourquoi ce livre ? Il n’y a pas de surprise, je n’ai pas été emporté par l’histoire et le dessin, et je n’ai pas senti que l’autrice voulait vraiment faire ce livre, comme si c’était un travail sans passion. Pour finir, c’est plus un livre d’artiste que de la BD classique. J’ai tout de même hâte de lire son Journal et Maxiplotte quand ils seront disponibles à la bibliothèque.

  • Note : 4 sur 5.

    Carpenter est le genre de cinéaste dont j’économise le visionnage des films, parce que quand il n’y en aura plus à découvrir, je serai triste. J’avais, comme tout le monde, déjà vu des images d’Invasion Los Angeles, tellement c’est culte, mais jamais le métrage en entier. L’apparition de cette version restaurée était l’occasion en or. J’ai passé un super moment, j’ai même été plutôt surpris par quelques éléments de mise en scène du film même si je savais à quoi m’attendre. Voici mes quelques notes.

    Encore une fois, je suis impressionné de voir comment Carpenter met en place son film avec une facilité déconcertante, en toute simplicité et précision. C’est quand même fou, aujourd’hui ça paraît si rare, un film de science-fiction à la fois hyper divertissant et profond en tant qu’objet de cinéma.

    Mon premier constat est que le film est très actuel. Il parle de la classe ouvrière, de sa lutte contre le patronat et le capitalisme. De quoi faire mouliner sur les enjeux politiques et sociaux de 2023. De manière plus étasunienne, le film désillusionne le rêve américain qui gangrène les cerveaux des plus précaires. On a ce sentiment d’une soif de plus, toujours plus, « j’attends mon heure » comme ils disent.

    Invasion Los Angeles est très précis sur ce qu’il nous montre, puisque c’est le propos du film : que voyons-nous. Eh bien, des travailleurs dans la misère, une violence policière montrée comme une guerilla apocalyptique sur fond de fumigène rouge, et puis ce héros fort, musclé, maladroit mais surtout sage, lent, regardant, contemplant. C’est vraiment marrant ce contraste entre ces moments où on prend le temps de regarder, de décrypter la réalité et cette violence qui apparaît toujours rapidement, en screamer, ou par mensonge et trahison.

    Sur cette violence, on peut dire qu’elle est vraiment palpable, dure. La police, les armes à feu, mais aussi cette scène de combat à mains nues. Le spectateur n’a pas envie de voir ce combat. Les personnages se battent comme des bêtes, pour qu’ils « ouvrent les yeux », ils sont prêt à faire émerger leurs instincts. On sent la souffrance du corps.

    Le film met en place une armada de signes qui produisent des effets : on a cet envahissement de publicités, des signaux au sol, des panneaux de signalisation, etc. Le cadre est saturée. Et puis il y a la vision des lunettes, ce n’est pas pour rien que l’image est en noir et blanc : la couleur produit un effet inconscient sur le cerveau. Votre marque de fast-food sera en rouge et jaune pour donnez envie de manger. De la même manière, mettez une musique joyeuse dans un Starbuck et on voudra encore plus consommer.

    Invasion Los Angeles joue avec le conspirationnisme, ses peurs, son imagerie. J’en viens à me demander si Carpenter ne jouait pas avec le spectateur, et s’il nous mentait ? Je veux dire, et si le film nous donnait à voir la vision subjective d’un mouvement conspirationniste ? Cela justifierait ce propos sur la société américaine construite sur les armes, le capitalisme et les tueries de masse.

    A la fin du film, quand les personnages se « téléportent », ça m’a fait penser aux Backrooms, parce que les montres font glitcher à travers le sol. Les auteurs de la creepypasta se seraient-ils inspirer d’Invasion Los Angeles ?

  • « Le Manoir des Lamentations » est un scénario officiel de Donjons & Dragons 5e édition, disponible dans Le Guide de Van Richten sur Ravenloft, un livre sur tout l’univers Ravenloft, c’est-à-dire sur les domaines d’épouvante. En gros, c’est Donjons & Dragons le film d’horreur. Je vous livre ici un article sur ma préparation et un retour de partie.

    Ma Préparation

    Tel quel, je trouve que le scénario du bouquin est injouable. Il est prévu pour trois séances de jeu, en gros, mais je ne vois pas comment on peut faire cette histoire sans s’ennuyer horriblement. Je me le suis donc réapproprié en changeant plein de choses. Déjà, je voulais en faire un one-shot, c’est-à-dire qui se tient en une séance de jeu. J’ai donc commencé par supprimer des parties entières du scénario. Les 20 pages du livre sont devenues 8 pages de carnets.

    J’ai trouvé des idées sur internet, notamment sur la chaîne youtube « Jeu de Rôle Passion », pour agrémenter ma session : la gestion de la lumière (bougie, torche, lanterne = 1 heure ; chaque exploration de salle = 15 min) , prévoir des scènes fantomatiques qui racontent l’histoire du manoir (sinon, les PJ ne découvriront pas ces secrets) , la fiche de perso modifiée dans l’ambiance Ravenloft.

    J’ai enlevé tous les PnJ déjà sur les lieux, pour que les PJ soient seuls, livré à eux-mêmes.

    De manière générale, je ne vais pas lister tous les trucs que j’ai enlevé ou simplifié, mais dans la majorité des cas, je rends les choses moins systématiques, laissant la liberté aux joueuses de se servir, par exemple, de la planche de spiritisme. Cela me permet aussi de mettre des effets horrifiques quand je le sens. J’ai rajouté des loot simpa à la place de banales pièce d’or en guise de trésor.

    J’ai fait des prétirés, avec seulement des défauts à tirer dans le Player’s Handbook. Les personnages sont tous des humains (pour ne pas avoir de visions dans le noir). Background des PJ : ils font tous partie de la même famille, désargentés, ils reçoivent un étrange message qui leur donne le titre de propriété du Manoir, dont ils n’ont jamais entendu parler.

    La partie

    Trois joueuses avec trois personnages de niveau 2. La partie a duré à peu près 5 heures. Les joueuses ont d’abord complètement contourné la salle centrale de ouija, j’étais un peu triste. A la place, Elles sont allées au sous-sol, par la cuisine, ont rencontré la sorcière des cheminées et ont entrevu la sombre puissance dans les profondeurs du manoir. S’en est suivie une partie de ouija et des scènes fantomatiques racontant l’histoire du château, puis l’exploration à suivie son cours, entre éventements étranges et effrayants. Je suis très fier des scènes qui sont apparues dans la fiction. Entre horreur, étrange et épique. Un seul personnage est mort, le guerrier, trop vaillant, dont la lame s’est frotté à des choses qu’elle n’aurait pas dû. A la fin de l’histoire, les joueuses ont délivré les enfants et n’ont pas affronté la sombre puissance, malgré le fait qu’elles aient tous les outils pour la battre.

    Voila, après cette belle expérience, à quoi on joue maintenant ?

  • Un samedi soir maussade et pluvieux, nous nous mettions en route vers le cinéma pour voir Bonne Conduite, de Jonathan Barré et toute la team du Palmashow, avec Laure Calamy en guest star. Dans la salle de ciné, on a très vite été énervé par les gens, faute à de la fatigue personnelle. Des envies de meurtres de spectateur irrespectueux comme Pauline tuant les chauffards.

    La satire est un genre sérieux, où l’hommage à ce qu’on copie est premier degré et sincère. C’est pourquoi on a des références constantes à d’autres films classiques, thrillers et d’horreur. À Usual Suspects de Bryan Singer, aux Oiseaux d’Hitchcock dans une scène pleine de goélands, à Christine de Stephen King adapté par Carpenter (que j’ai très envie de regarder en ce moment) dans un plan truculent où un gros con fait mine de pénétrer sa Fiat de beauf. Et puis il y a ce flic qui est fan de films catastrophes.

    Un film dont le ton change un peu des autres productions du « Palmashow Cinematic Universe », avec une part sérieuse et amoureuse des polars de ce type. L’image est soignée, shootée à la pellicule, les lumières sont chaudes et portent vraiment les ambiances du film. Un amour aussi de la région de tournage: la Bretagne. Les inspirations sont claires et sensibles jusqu’à la bande son très marquée Synthwave, Carpenter, etc. Une petite frustration demeure dans certaines séquences où on sent dans le montage et la mise en scène que le temps vint à manquer sur le tournage. Bref, une production modeste pleine de passion qui fait passer un bon moment et qui redonne espoir dans le cinéma.

    Note : 3 sur 5.
  • Note : 5 sur 5.

    Recueil de nouvelles sordides et glauques, Les Dangers de fumer au lit m’a séduit du début à la fin. Un livre à dévorer, même si la date de péremption est passée.

    On enferme toujours les folles dans les livres, elles pourraient s’échapper.

    Je voulais parler de l’objet-livre en lui-même car il est super agréable à lire, et heureusement, pour le prix. Par contre, le livre est fragile, surtout la matière de la couverture. Sur l’illustration de cette dernière, je trouve que le tableau de Vincent Van Gogh colle assez bien avec le livre. Ce squelette fumeur, sombre décadence d’un mort déprimé, illustre un peu l’état d’esprit qui transpire du recueil et de ses personnages.

    Le désespoir se sent, et elle empestait

    Il y a certaines récurrences dans les nouvelles de Mariana Enriquez. Dans ce monde, la pourriture est monnaie courante, tout comme les séances de psy annulée qui font tomber les personnages dans la folie. Ces derniers sont paranoïaques, vivent des traumatismes et laissent leur pulsions prendre le contrôle. Il est aussi question de l’expérience de vie des femmes.

    Dans ces nouvelles putrides, l’amour n’est jamais sain, toujours toxiques, jamais loin de folies diverses. Aussi, j’ai remarqué qu’il y a toujours de la complicité, des doubles, ce qui rend les dingueries communicatives.

    Mes deux nouvelles préférées :

    • « Où es-tu mon cœur » : La vie sexuelle d’une meuf lambda « détraquée » par un moment traumatique pendant l’enfance. Quand les battements irréguliers d’un cœur malade font bander.
    • Viande : Quand un chanteur de rock a mis dans sa musique les ingrédients d’un fanatisme menant au cannibalisme. La nouvelle s’arrête juste avant que ça devienne surnaturel, nous laissant dans le fantastique qui, dans sa nature mystérieuse, nous effraie tant.
  • Note : 5 sur 5.

    En plein stress du concours, je me suis décidé à prendre un peu de temps pour moi, sortir au cinéma, un mardi matin, à la séance de 10h45. En fait, c’est le premier matin du printemps. On ne va pas se le cacher, je suis la cible d’Emily, le spectateur type, et ça a tapé dans le mille. Je m’attendais à un biopic bas de gamme, à la place, j’ai vu une très belle interprétation de la vie d’Emily Brontë, pleine d’amour, de passion, d’apprentissage, d’histoires et de pluie.

    Dans ses interviews, la réalisatrice parle de ses choix de mise en scène qu’elle a fait pendant le montage. On sent que ce film est le résultat d’un travail créatif et respectueux, même si je pense qu’on aurait pu aller encore plus loin dans la mise en scène, par exemple en évitant ces champs contre-champs ennuyant. Pour un film fait avec 6 millions de dollars, sur 6 semaines de tournage, ce qui est vraiment peu, c’est magistral.

    J’en garderai un excellent souvenir. J’ai particulièrement aimé ces passages musicaux où les choeurs prennent le dessus sur les instruments. Je n’oublierai pas d’ouvrir ma fenêtre pour écrire un poème et de regarder le bout des arbres, là sommeillent les histoires.

    Note à moi-même : je n’ai jamais lu les romans des soeurs Brontë, il serait temps de s’y mettre ?

  • Note : 3 sur 5.

    J’ai vu pour la première fois un film de Louis Garrel et ce fut une très belle découverte ! C’est beau de voir un film qui réalise ses ambitions en cohérence avec lui-même, loin des courses au « toujours plus » du mainstream en ce moment. J’ai vu un film modeste, qui s’assume comme tel, mais excellent !

    Outre l’esthétique vintage, Garrel rend hommage à un imaginaire du cinéma français des 70′ et 80′. On reste face à une vraie comédie drôle, aux jeux de comédiens exemplaires, qui ne se débarrasse pas d’enjeux forts, ce qui fait qu’on croit aux personnage. Plus : on s’attache à eux.

    Il y a vraiment des scènes que je n’ai jamais vu au cinéma, de grandes idées hilarantes et touchantes, toutes en simplicité.

    En fait, c’est un Quentin Dupieux dans le vrai monde.

  • Note : 4 sur 5.

    J’ai eu le plaisir de découvrir cette perle du cinéma d’horreur des années 80′ sur grand écran à la Cinémathèque. Je ne connaissais rien du film, si ce n’est quelques images, et je pensais vraiment que l’intrigue se résumait à des télé qui mangent les gens, que nenni ! En fait, je m’attendais un peu à un vieux film un peu cracra sans plus, et en réalité, c’est un chef d’œuvre !

    Pour les âmes sensibles comme moi : vous pouvez voir Videodrome. Le gore est supportable, à part deux trois trucs malsains. En plus, c’est au service de l’histoire.

    J’ai aimé ce rapport à la matière, au touché. Dès que le personnage principal rentre quelque part, il touche des trucs. On joue avec le décors, les objets, la peau. Pour moi, ça a un grand rapport avec l’immersion du spectateur et du coup, c’est en cohérence complète avec le propos du film : la télévision « programme » ceux qui la regarde.

    Un tourbillon de désir, de fantasme, sur lequel on pourrait disserter pendant des heures. La place des images « réelles » dans nos vies. Le besoin de choc, de gore, de sexe. Les puissances conservatrices qui veulent empêcher les gens de voir ces choses tout en les manipulant, les poussant à tuer. Le « secours cathodique », quelle idée de génie, les mendiants de la télé… A la sortie de la salle, je partage à Micka avec qui je suis allé voir le film qu’il y aurait un Videodrome 2 à faire: reprendre le même concept, sauf que l’émission-tumeur se trouve sur Tik Tok, et on remplace les télé par les téléphones portables. (Ça me fait penser à Feldup qui alertait sur la présence non-modérée de snuff sur les réseaux sociaux)

    Il y a un effet visuel raté, et ce serait mon seul reproche : la scène de la dernière cassette, où le « pirate » se fait manger l’avant-bras dans le ventre de Max Renn. (J’adore la phrase que je viens d’écrire) On sent que dans cette scène, le gore est pas au niveau de ce qu’on a vu avant, ça dénote un peu.

    Voila, maintenant j’ai envie de voir tous les Cronenberg, de ne plus me priver !

  • À la fin de Babylon, il y a cette séquence magnifique où Manny, le personnage principal, regarde un film au cinéma. Dans cette salle, il semble se souvenir de ses paroles : « Je veux faire partie de quelque chose de plus grand, quelque chose qui reste, qui a du sens. » Puis on voit une histoire accélérée du cinéma, pré-frères Lumière à Avatar, sur un jazz frénétique boom boom. Juste après, on revoit Manny, dans son siège, les larmes aux yeux, comme je l’étais à ce moment là.

    Alors j’ai voulu refaire cette fin à ma sauce pour, moi aussi, faire une petite ode au cinéma que j’aime. Voici donc ci-dessous, un montage de mes films préférés sur la bande-son de la scène originale.

  • Note : 5 sur 5.

    Hier soir j’ai vu le dernier film de Serebrennikov. En sortant de la salle, je voyais la vie en plan séquence, couleur spleen et chair putride. J’ai adoré.

    Synopsis : « Russie, 19ème siècle. Antonina Miliukova, jeune femme aisée et apprentie pianiste, épouse le compositeur Piotr Tchaïkovski. Mais l’amour qu’elle lui porte n’est pas réciproque et la jeune femme est violemment rejetée. Consumée par ses sentiments, Antonina accepte de tout endurer pour rester auprès de lui. »

    Difficile de parler de ce film, on dirait la mise en cinéma d’un roman russe sombre et oublié. Le réalisateur filme l’amour comme un enterrement, avec cette pâleur cadavérique parfois difficile à regarder tant le sentiment qui se dégage du film est noir. Je n’avais jamais vu ça. C’est le genre de beauté que j’adore. En fait, c’est vraiment l’amour qui se fait enterrer par la haine.

    Impossible, évidemment, de ne pas penser au recul de la Russie en matière de libertés. Aujourd’hui, il serait impossible à Tchaïkovski de vivre son homosexualité comme à la fin du 19ème, c’est-à-dire il y a 150 ans. On voit que la Russie donne au réalisateur, comme à moi, un sentiment mélancolique d’une chute en avant d’une belle culture. C’est triste à souhait.

    J’ai aussi pensé au poème de Louise Labé que j’ai étudié avec mes élèves il y a peu dont les premiers mots pourraient illustrer le film : « Je vis, je meurs ».

    J’aurais vraiment voulu parler de ce film en podcast comme je l’avais fait pour Leto du même réalisateur (disponible via ce lien). Faute de temps, je m’en tiendrais à ce billet de blog. J’ai aussi très envie de voir La fièvre de Petrov un film que Serebrennikov à diriger via Zoom alors qu’il était assigné à résidence en Russie, quelle force.

    J’ai appris que Kirill Serebrennikov prépare une adaptation de Limonov d’Emmanuel Carrère et j’ai hâte, tant j’avais trouvé le roman incroyable.

    Avec ce film, j’ai découvert un nouveau cinéma : l’ABC à Toulouse. En sortant de la salle, vue sur la basilique St-Sernin éclairée dans la nuit.

  • Note : 4 sur 5.

    Poulet Frites est un remontage en noir et blanc de trois épisodes de Strip Tease, cette série documentaire émérite et incroyable. On l’avait loupé en salle et on a rattrapé le coup en VOD. On voulait le voir car on avait été impressionné par Ni juge ni soumise qui mettait en scène le quotidien de cette juge belge que l’on retrouve dans Poulet Frites aux côtés du commissaire Lemoine. Changement d’ambiance ici toutefois puisqu’on se concentre sur une affaire insoluble d’homicide.

    On retrouve le génie de Strip Tease, sans surprise. Ce sont les génies du point de vue, de l’immersion naturaliste, soucieux de montrer la complexité des gens et de montrer comment la réalité est nouée autour de la vérité. Le plus intéressant, c’est de voir le déroulement d’une enquête sur un rythme lent, où l’on voit bien les étapes successives du travail des investigateurs, les embûches et les heureuses avancées. Une enquête d’ailleurs qui se révèle surprenante et nous emmène vers les bas fonds de l’immigration bruxelloise, où la drogue et les frites rendent fous.

    Personnellement, ça m’a fait pensé à La Nuit du 12 dans cette dimension de l’enquête ubuesque, aux couches multiples et insolubles, récemment consacré aux Oscars d’ailleurs, dont j’ai parlé ici.

  • Note : 2 sur 5.

    Pour un cours à la fac, j’ai vu Tout sur ma mère de Pedro Almodovar, film au programme de l’agrégation de Lettres Modernes. Avant de parler de ce métrage, j’aimerais revenir sur mon rapport au réalisateur.

    Pedro Almodovar est un des rares réalisateurs que je n’aime pas sauf pour La Piel Que Habito. A part ça, j’avais vu Douleur et Gloire et je m’étais ennuyé au plus haut point. Je trouve qu’il est ringard et qu’il se la pète.

    Premières impressions après le visionnage de Tout sur ma mère : Les personnages n’ont pas d’arcs narratifs finis, contrairement à ce que peuvent dire des camarades. Les couleurs ne signifient rien. Le film est trop long et mal rythmé. C’est un mélodrame donc la tonalité est très pathétique, mais à force de pleurer pour la même chose sans évolutions, ça en devient ridicule.

    Par contre, le cœur du film est vraiment mené d’une main de maître : le thème du travestissement se retrouve partout. (Je pense que c’est pour ça que le film se retrouve à l’agrégation)

    Travestissement d’abord de l’espace de la fiction. Il y a un jeu dans la vie réelle, que dévoiler de nous? Que montrer de nous dans la fiction? Sur une scène de théâtre? Dans une scène de cinéma?

    Travestissement ensuite du genre, évidemment. Enfin un film où l’on voit des femmes avec un pénis qui en parlent et où ce n’est pas le seul propos. Ces femmes sont des femmes. Point.

    De manière polysémique, la fluidité vient ponctuer le film et nous questionne sur comment se placer, se déplacer dans ce « grand théâtre du monde ».

  • Note : 3 sur 5.

    J’ai lu ce gros pavé d’ Intérieur Nuit de Marisha Pessl. 700 pages d’enquête cinéphile et horrifique. Un excellent roman totalement desservi par cette couverture hors-sujet. Vous aviez rien d’autre qu’un escalier en colimaçon? Wow ça fait trop Vertigo d’Hitchcock, quelle référence cinématographique wow, sauf que ça n’a aucun rapport avec le livre.

    L’autrice écrit ici un roman noir modèle, avec des personnages attachants et des rebondissements constants. J’ai passé un excellent moment. Malgré tout, des petites choses m’ont posé question.

    Par exemple, des fois le perso principal parle de manière péjorative et dégradante des femmes et du cinéma de genre. Comme ça, sans raison. Ces opinions réactionnaires ne ressemblent pas au personnage, par ailleurs très inclusif, ce que je trouve bizarre. J’en viens à me demander si l’autrice pense la même chose…

    La description de la filmographie de Cordova est floue. Les scènes décrites de ses films sont toujours décousues. On ne sait jamais trop où on en est. C’est dommage car ç’aurait été facile de faire un moment plus clair avec tous les films et de quoi ils parlent. Et évidemment, l’autrice fait ça pour faire un retour à la fin sur chaque film de Cordova, elle a dû se rendre compte et c’est pas fou.

    Le groupe de héros, on dirait des personnages joueur de JDR. Je pense vraiment que l’autrice a pris exemple sur une campagne de jeu de rôle.

    Le dernier quart du livre est vraiment décevant. On a l’impression que l’autrice ne sait pas choisir sa fin et pour justifier ce non-choix, elle nous dit que c’est voulu. Or non ça, ça ne passe pas. Cette fin est ratée, point.

  • Note : 1 sur 5.

    Déception. Jusqu’à la page 100 ça allait, mais après j’ai compris que j’étais dans une oeuvre éditoriale dont la logique était d’allonger la sauce artificiellement. Dommage.

    Le problème n’est pas que Blackwater soit un roman feuilleton, bien au contraire, j’adore cette forme. Le problème vient de la forme. Si l’éditeur avait fait six tomes poches de 250 pages avec des cliffhangers et des mystères à partir d’une CONTEMPORAINE, ç’aurait été. Là, je suis en désaccord éthique. L’éditeur publie une oeuvre 40 après dans l’unique but de faire du pognon. Et non, contrairement à ce que je lis partout, cette publication n’était pas un risque éditorial! C’était couru d’avance que ça allait être un succès, grâce à leur travail éditorial de qualité. Pas besoin de mentir sur le fait qu’un éditeur à envie de faire des sous, c’est là son rôle!

  • Note : 5 sur 5.

    Quel visionnage intense! Les mots me manquent pour décrire ce que j’ai vécu, surtout lors de la séquence finale. Babylon est surtout une sorte de grand huit du cinéma, c’est-à-dire que Damien Chazelle montre l’acme, l’apogée, la grandeur, la folie du cinéma muet hollywoodien, puis la transition douloureuse vers le cinéma sonore.

    Outre les décors et les costumes, c’est par l’écriture des personnages et leur incarnation que va passer la mise en scène de la décadence. Je crois que c’est la première fois que je vois la décadence peinte de cette manière. Voila une vraie décadence : sublime et grotesque, comme dirait Hugo. J’ai cru à cette galerie de personnage, je me suis attaché à eux. Leur perte de sens, leurs questionnements, leur refuge dans l’art et la fête… Tout comme Whiplash et Lala Land, les personnages sont reconnaissables, mythiques, on croit les connaître après 3h de film, ils sont profonds et complexes.

    La comique, pathétique et lyrique absurdité du cinéma.

    Bon, et puis, comme le film parle du cinéma, il ne va pas se passer de jouer avec les points du vue, les messages et l’aspect « méta ». Parfois, les paroles des personnages sont plus les paroles de leurs acteurs. Il me serait dur à croire que le casting n’aurait accepté ce film sans discuter avec le réalisateur de cet aspect et sans être intéressé par la volonté de parler du cinéma contemporain. Ainsi, les parallèles entre les personnages et leurs acteurs sont saillant. Ce n’est pas pour rien que Brad Pitt joue le grand acteur à la grande carrière et aux mille aventures. Ce n’est pas pour rien que Margot Robbie joue la it-girl exentrique, que Diego Calva joue l’observateur, nouveau dans l’industrie, etc.

    De la même manière, le réalisateur va jouer avec le spectateur. Pour engager une réflexion chez ce dernier, Damien Chazelle s’amuse à faire coïncider les effets donner au spectateur par la mise en scène et ce que vivent les personnages dans la diégèse. Voila le sens du caca d’éléphant et de mille autres choses du métrage. C’est comme ça aussi que la problématique du son est amenée. Je pense que ce n’est pas pour rien que le visionnage en salle fût si intense au niveau sonore. C’est que ce grand huit est porté surtout par le son qui donne une puissance au montage et à ce qu’on voit.

    C’est pour ça que c’est un bon film. Parfois, la mise en scène et la musique épouse l’histoire dans une sorte d’harmonie imitative, parfois, elles instaurent des dissonance, des ruptures pour réfléchir à ce qu’on voit.

    Avec le son, vient la morale.

    Tout le monde parle du flop de Babylon en salle, mais à mon sens, c’est en grande partie la faute à la communication autour du film. Quelque chose cloche. Le film qu’on essaie de nous vendre n’est en rien ce qu’on voit. Si l’on avait vendu Babylon comme un film d’auteur à gros budget, sur l’histoire du cinéma (et par extension sur l’histoire des États-Unis), sur la grande fièvre de l’industrie et de l’art, alors peut-être les spectateurs seraient venus en salle. Il faut être honnête. Ce que montre Babylon, c’est que la cinéma s’est construit par une diversité de gens dévoués à l’Art, et parmi eux surtout des marginaux et des immigrés. Dur à saisir pour le monde conservateur, tant pis pour eux, le cinéma restera cet art majeur du collectif.

    J’ai été happé et séduit par ce film, je vais attendre un peu avant de le revoir mais j’ai hâte que ce moment arrive.